.
___Quelque chose ne va pas aujourd'hui. Je ne sais pas pourquoi, mais je le sens. J'ai cette foutue impression depuis que je me suis levé. Je fronce les sourcils et secoue la tête.
- Gomen, tu disais ?
___Miku soupire.
- Kanon, ça t'arrive d'être attentif de temps en temps ? râle-t-il. Je disais dépêche toi, on part dans cinq minutes.
___Genre je vais être prêt dans cinq malheureuses minutes. Ils sont habitués, ils m'attendront. Bou me fait un sourire.
- En fait, il nous reste une bonne demi-heure mais Miku veut te presser, me murmure-t-il lorsque le chanteur a le dos tourné.
___Je souris et monte me changer. Tout va bien finalement. Je dois être légèrement surmené. Rien ne semble se profiler à l'horizon.
___Vingt-deux minutes et quarante-six secondes. Le temps que j'ai mis pour me préparer. Un record pour moi.
- Les minutes sont longues chez toi, se moque Teruki alors que je débarque dans le salon.
___Je lui tire la langue.
- J'suis même pas en retard, dis-je. Alors silence l'ancêtre.
___Teruki s'esclaffe. Ce surnom le fait toujours rire. Malgré qu'il ne soit pas très glorifiant. Bou et Miku débarquent quelques instants plus tard, dans un élan de joie et de bonne humeur.
- La mariée est prête ? demande Miku en me regardant.
- Non, la fermeture de sa robe est restée coincée.
___Je le regarde, moqueur, avant d'enfiler une veste et de continuer.
- Je vous attends.
___J'ai droit au joli regard noir de Miku. Un petit sourire en réponse avant de sortir de l'appartement que nous occupons.
___Le taxi nous attend devant la porte, et je m'engouffre à l'arrière, suivit de Bou et Miku, tandis que Teruki s'installe à l'avant et donne la destination au chauffeur.
___J'appuie mon visage contre la vitre et regarde l'extérieur. Perdu dans mes pensées, je sursaute lorsque je sens Bou prendre ma main et entrelacer nos doigts. Il me sourit. Mais ce n'est pas son sourire habituel. Celui là est plus... lointain. Je le regarde, serrant ses doigts.
- Quelque chose ne va pas ?
- Tout va bien, me dit-il d'une voix qui crie le contraire.
___Je sais qu'il ne m'en dira pas plus. Je pose un baiser sur sa joue et ma tête sur son épaule. ___Arrivés au studio, alors que nous sortons, Bou nous arrête.
- Ce soir, pendant le repas, il faudra que je vous parle, nous dit-il avec son beau sourire.
___Pourquoi j'ai l'impression que ça sonne faux ? Il me semble apercevoir de la tristesse au fond de ses yeux.
___J'hausse les épaules pour moi-même. Il ne faut pas que je m'inquiète. Les garçons entrent dans le studio, rieur, et je les suis, silencieux. Teruki s'installe derrière sa batterie, Bou et moi prenons nos instruments et Miku nous attend, assis.
___Bou et moi jouons quelques accords, juste histoire d'être prêts. J'aime ces courts instants, où il n'y a que lui et moi. Juste nos instruments accordés l'un avec l'autre. Je me concentre sur ma basse, essayant de ne pas trop regarder le guitariste. Surtout que Teruki et Miku nous observent en silence. D'un signe de tête, Bou et moi leur montrons que la répétition peut commencer. Miku règle son micro et c'est parti pour plusieurs heures à un rythme tranquille.
___On rigole pas mal quand l'un de nous se trompe. L'atmosphère est détendue. Comme tous les jours en fait.
- Une pause, implore Teruki dont l'estomac fait un bruit qui perturbe notre musique.
- Trou sur pattes, rigole Bou.
- On mange quoi ? réclame Miku en allant dans une autre salle.
- Haaan, des frites, s'exclame Bou avec son sourire de môme, s'affalant sur une banquette.
- On mange toujours ça avec toi, se moque Miku avant de s'assoir à côté de Bou.
- Oui, et du coup, j'ai la même ligne qu'une frite, rigole le guitariste en se levant, exhibant sa fine silhouette. Grand et maigre.
- Grand ?
___Je le regarde avec un sourire en coin.
- T'es tout sauf grand, continuai-je en rigolant.
___Dans un cri de guerre effrayant, il se jette sur moi et me chatouille pendant un moment, passant ses mains sous mes vêtements, jusqu'à ce que je le supplie d'arrêter, au bord de l'asphyxie, mort de rire. Je frotte mon pantalon, et m'adosse contre un mur.
- Tu as oublié « gras » dans la définition de Bou la frite, continue Miku avant d'éclater de rire.
- C'est ça, enfonce-le, renchérit Teruki en s'asseyant par terre.
___Bou se tourne vers moi en faisant semblant de pleurer.
- Kanon, gémit-il. Ils sont méchants, je veux un câlin.
___Je tends mes bras vers lui et il s'y blottit tandis que Miku et Teruki appellent une pizzéria. Faudrait qu'on pense à manger varié un de ces jours. Je serre le guitariste contre moi, respirant au passage sa douce odeur. J'aime quand il est proche de moi. Je voudrais que ces moments ne s'arrêtent jamais.
- Tu veux nous dire quoi Bou ?
___Il ferme les yeux, cale sa tête contre mon torse.
- Pas maintenant Kanon. S'il te plaît.
___Il me fait un baiser sur la joue puis se lance dans la conversation animée de Teruki et Miku. ___Malgré moi, je l'observe. Je ne sais même pas depuis combien de temps je suis tombé amoureux de lui. Mon meilleur ami.
___Il quitte mes bras pour aller s'assoir à côté de Miku et mes yeux ne peuvent s'empêcher de le quitter. Je le trouve si parfait. Ses yeux rieurs, son sourire étincelant, ses gestes si enfantins. J'ai constamment envie de le prendre dans mes bras, de passer mes doigts dans ses cheveux, d'embrasser ses lèvres. Rien que d'y penser, je sens le rouge me monter aux joues.
___Teruki se tourne vers moi.
- T'en pense quoi Kanon ? me demande-t-il.
- Pas d'avis, dis-je pour simplifier les choses.
___Bou rigole.
- Il n'écoutait pas.
- Il ne pouvait pas te regarder et nous écouter en même temps, explique Miku dans un sourire.
___Je le regarde en faisant de gros yeux. Peut-être que mes regards sont un peu trop insistants. Je lui tire la langue sans prendre la peine de démentir, et quelqu'un frappe à la porte. Une jeune fille souriante pose nos pizzas sur la table et sort après un « bon appétit ».
___Teruki se jette sur la nourriture en riant, et coupe les pizzas.
- Servez-vous, dit-il en mordant dans une part, tout heureux.
___Je les rejoints, m'assois à côté du batteur et saisit une part de pizza.
___Notre manageur débarque dans la salle.
- Bonne nouvelle les gars, dit-il en prenant un morceau de pizza. La nouvelle tournée est complètement organisée. Enfin, il vous reste plus qu'à choisir les morceaux et vos tenues, mais vous avez encore du temps. Oubliez pas la séance photo dans – il jette un regard à son portable – deux heures. Je vous ai appelé un taxi, il saura où vous conduire. Ne soyez pas en retard pour une fois.
___On acquiesce en riant et le regarde sortir.
- Il devrait parler encore plus vite, dit Teruki en attaquant une autre pizza.
- Il ne parle pas vite baka, c'est toi qui est lent à comprendre.
___Teruki m'assène une tape sur l'arrière de la tête avant de rire. Pour changer.
___Nous sommes à l'heure. Un miracle. Ce doit être la première fois depuis... longtemps. A peine sortis du taxi, plusieurs femmes se jettent sur nous et nous entraîne à l'intérieur d'un bâtiment, prenant en charge maquillage et coiffure. Habitués, on se laisse faire sans dire un mot. Puis vient la séance habillage. Folklorique ça aussi. On passe toujours trois plombes à choisir nos fringues et tout autant pour les enfiler.
___La séance photo se passe dans le rire et la joie. Encore. On grimace, fait des blagues à la con, dit des conneries. On n'a jamais autant rigolé j'ai l'impression.
___Les photographes nous demandent des poses de plus en plus ridicules et notre manager est tordu de rire derrière les appareils photos. J'aime bien faire des photos de groupe. Personne ne me demande de sourire. Cela accentue mon côté mystérieux et timide paraît-il. Je sais pas qui a fait la connerie de sortir ça mais maintenant, ça me colle à la peau.
___Les photos individuelles, c'est pas mal aussi. Ça me permet de le regarder, enfin, de le mater sans que personne ne se doute de quelque chose.
___Pourtant, Teruki doit remarquer mon regard insistant posé sur notre guitariste, puisqu'il vient me chuchoter à l'oreille :
- Le regarde pas comme ça. Il va pas s'envoler et tu vas te faire griller.
___Son rire résonne à mes oreilles. Pas moqueur non, juste un peu sarcastique. Je le regarde en haussant un sourcil.
- Ne t'inquiète pas, me dit-il sur le même ton. Je ne pense pas que Miku ait remarqué quoique se soit. Bou encore moins.
___Je soupire à peine, et regarde encore Bou faire sa bouille de gosse devant le photographe.
- Y a rien à remarquer Teru...
- Te fous pas de moi Kanon... On ne regarde pas tout le monde comme tu le fais en ce moment avec Bou.
___Je m'éloigne de lui, perdu dans mes pensées. J'essaye de ne pas le regarder, mais c'est dur là. Je suis si peu discret quand je le regarde ? Il n'a pas l'air de l'avoir remarqué pourtant. Je respire un grand coup et le rejoins pour les photos. Teruki me jette quelques regards inquiets. Il va falloir que je lui parle. Mes sentiments pour Bou ne sont pas nouveaux et je n'ai pas besoin de sa pitié. C'est déjà suffisamment dur pour moi.
___L'après-midi passe relativement vite. J'ai hâte de savoir ce que va nous dire Bou. Il ne m'en a même pas parlé encore. Ça doit être important. Peut-être qu'il va nous annoncer qu'il a une copine et qu'ils vont se marier. Ou alors, qu'il voudrait qu'An Cafe change. Je ne sais même pas si ça a un rapport avec le groupe en fait.
___Libérés de la séance photos, il nous invite au restaurant, gardant cet impénétrable sourire figé sur son visage. Je n'aime pas ça du tout.
___On nous installe à une table. Il y a pas mal de monde, mais personne ne fait attention à nous. Bou se racle la gorge, se prépare à nous dire ce qu'il a à dire.
- Je quitte le groupe.
___Je n'ai pas compris. Je le regarde en fronçant les sourcils.
___Il répète, comme pour répondre à mon interrogation muette.
- J'arrête tout.
___Je n'ose plus le regarder. Alors mes yeux se tournent vers les autres. Teruki fronce les sourcils et ses doigts se serrent sur ses cuisses. Miku ne semble pas comprendre. Il regarde Bou, ses yeux et sa bouche grands ouverts. Je m'efforce de rester stoïque. Il ne faut pas que je le regarde où je vais pleurer. Je ne dois pas. Je m'étais attendu à tout. Sauf à ça. Je crois que j'aurais encore préféré qu'il nous annonce son mariage.
___Teruki jette un ½il vers moi. Il me connaît, sait ce que je ressens. Il me lance son regard compatissant que je déteste tant. Je n'essaye même pas de le rassurer. Je crois que je suis mort l'espace de quelques instants. Le bruit de la salle ne parvient plus à mes oreilles. Il n'y a que le hurlement sourd de ma peur qui résonne au fond de moi.
- Pourquoi ?
___Miku a murmuré cette question, comme s'il était incapable de parler plus fort. Je regarde à peine Bou. Il évite le regard de notre chanteur, jouant avec ses doigts comme à chaque fois qu'il est gêné. C'est à peine si je l'entends répondre.
- Raison... personnelle.
___Un murmure. Pas plus. Je détache rapidement mes yeux du guitariste.
___L'air est trop lourd dans la pièce, je m'y sens mal à l'aise. Qu'est-ce que je fous ici ? Je me lève sans même y réfléchir. Miku s'apprête à parler quand je lance un « excusez-moi » avant de quitter la pièce, m'efforçant de rester calme et de ne pas fuir cet endroit maudit en courant.
___Je sors du restaurant et la fraîcheur de la ville endormie est saisissante. Instinctivement, je glisse mes mains dans mes poches et marche jusqu'à notre appartement. Je vais directement dans ma chambre et m'affale sur le lit après avoir retiré mes chaussures et ferme les yeux.
___Les larmes que j'ai retenues devant lui roulent sur mes joues, et je suis incapable de les retenir. Il fallait qu'elles sortent. Je me sens ridicule d'agir comme ça. Les autres non pas pleuré eux.
___Je m'étais préparé mentalement à rester fort, quoiqu'il nous dise.
___Je regarde le plafond. C'est fou comme il est beau. D'un geste rageur j'essuie mes joues et vais dans la salle de bain. Je laisse tomber mes vêtements sur le sol et entre dans la douche.
___L'eau brûlante ruisselle sur ma peau et une épaisse buée recouvre rapidement les parois. J'essaye de ne pas réfléchir. Juste penser à l'eau qui coule sur moi, si chaude qu'elle laisse comme des traînées acides sur ma peau. Peine perdue. Mes pensées se tournent et retournent vers Bou et sa foutue décision. Je ne sais même pas les raisons de son départ. Et je ne veux pas savoir.
___Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, dans la cabine de douche. Je suis sorti. L'appartement est toujours silencieux. Peut-être qu'ils ne rentreront pas ce soir. J'espère.
___Je m'enroule dans une serviette et reviens dans ma chambre. Me rallonge sans prendre la peine de m'habiller. Je ferme les yeux. Et les ouvre dix minutes plus tard. Ou une heure. Je ne sais plus. Je m'en fous. J'ai cessé de vivre.
___Une porte vient de claquer en bas. Je ne veux pas savoir qui c'est. Cela m'est égal. Je ne veux voir personne. Je referme les yeux. Des voix au rez-de-chaussée, quelqu'un qui monte l'escalier. Marche le long du couloir. S'arrête devant ma porte. Je sais qu'il hésite à frapper. La porte s'ouvre et sans un bruit, il entre dans ma chambre. S'assoit sur mon lit. Je ne bouge pas, avec le mince espoir qu'il va repartir.
- Kanon... Tu sais pas mentir...
___Je soupire sans ouvrir les yeux, me mets dos à lui. Je ne réponds pas. Il s'allonge derrière moi, enroule un bras sur ma taille et pose sa tête dans mon cou.
- Comment tu te sens ?
- Tout va pour le mieux.
___Il n'y a rien à ajouter. Ma voix s'est faite plus froide que je ne l'aurais voulue. A son tour de soupirer. Je me retourne vers lui, caresse doucement son torse habillé.
- Tu comptes lui en parler ? me demande-t-il dans un murmure.
___Devant mon absence de réaction, il continue.
- Tu... tu savais qu'il allait partir... ?
- Non, dis-je dans un murmure. Pourquoi je l'aurais su ? Je suis juste le bassiste de son groupe. Pardon, de son futur ex-groupe. Je ne suis rien de plus...
___Je lutte pour ne pas pleurer, cache ma tête contre le torse de Teruki. Je sais que je dis n'importe quoi. Mais je lui en veut, autant que je l'aime là.
- Arrête ça ! Il tient à toi, comme toi tu tiens à lui ! Il ne nous a pas donné les raisons de sa décision, Kanon. Il te le dira à toi, on le sait. Alors arrête de te mentir et va lui parler !
___Cette fois je le regarde.
- Il ne doit rien savoir Teru.
___Voix brisée.
- Alors tu comptes souffrir ? Sans savoir ce qu'il en pense ? Ça le concerne aussi !
- Je veux être seul... Laisse-moi s'il te plaît.
___Teruki lâche un nouveau soupire puis me regarde.
- Demain matin, tu as intérêt de descendre.
___Voix ferme auquel je ne peux pas répondre.
- Bou a eu de la peine quand tu es parti, se croit-il obligé d'ajouter. Il n'a pas compris. Miku non plus.
___Je le regarde, mais il ne dit pas un mot de plus. Il se penche doucement sur moi et ses lèvres se posent sur les miennes pendant quelques secondes à peine. Geste réconfortant venant de sa part. Comme à chaque fois que l'un de nous va mal.
___Je le suis du regard lorsqu'il quitte la chambre et referme les yeux. Je sais même plus ce que je dois faire. Ce que je veux faire.
___Un léger bruit à la porte me réveille. Je pousse un grognement endormi et enfoui ma tête sous l'oreiller. Quelqu'un entre et se glisse dans mon lit.
- Debout la Belle au Bois Dormant, murmure une voix à mon oreille.
- Miku... râlai-je, remontant la couette jusqu'à mon visage.
- Teru et Bou t'attendent pour le petit déj', sourit le batteur.
___Je me frotte les yeux. Une semaine est déjà passée depuis que Bou a annoncé sa décision. Une semaine morne et sans joie, où j'ai tenté de vivre malgré la douleur. Et où j'ai échoué. Je ne suis quasiment pas sorti de cette chambre. Sauf lorsque Teruki ou Miku ont essayé de me lever. J'ai joué de la basse et dormi. Oubliant les trois quarts du temps de manger. Bou n'est pas venu. Pas une seule fois. Je descends à la cuisine.
- 'hayô, dis-je d'une voix endormie en me préparant un chocolat chaud.
___Même si j'aurais plus besoin d'un remontant alcoolisé.
___Mes trois colocataires me rendent mon bonjour d'une voix légèrement plus réveillée. Miku et Teruki se lancent dans une conversation animée, mais je n'ai pas envie d'y participer. Bou, lui, se contente de me fixer. Je détourne le regard, gêné, vais m'assoir sur le canapé devant les dessins animés du matin. Je n'ai pas envie de parler. Je n'ai envie de rien de toute manière.
___Le guitariste s'approche et s'assoie juste à côté de moi.
- Kanon...
___Je respire un bon coup. Il s'agit de bien mentir. Je lui lance un sourire qui doit sûrement sonner faux.
- Qu'est-ce que tu veux ?
___Ma voix a été plus glaciale que je ne l'aurais voulu.
- Qu'est-ce qui t'as pris de partir le soir où je vous ai dit que... enfin tu vois quoi ?
___Je réfléchis un instant à ce que je vais lui répondre. Pourquoi il me pose cette question maintenant ? Je ne peux pas lui dire la vérité. Il ne doit pas savoir. Pas maintenant.
- Où tu nous as balancé que tu nous lâchais ? Je ne me sentais pas très bien.
___Bou se lève, déçu.
- Quand tu mens, essaye de bien le faire au moins, me murmure-t-il d'une voix triste.
___Il retourne à la cuisine avec Teruki et Miku sans même m'accorder un regard. Le pauvre. Il ne doit rien comprendre. C'est mon meilleur ami. Celui à qui je peux tout dire. Sauf ce truc qui me bouffe de l'intérieur et qui fait de plus en plus mal. Je me vois mal lui balancer que je l'aime à en crever. Je ne veux pas le décevoir. Ni briser notre amitié. De toute manière, il a ses secrets, j'ai les miens.
___J'écoute distraitement leur conversation. L'annonce de Bou a brisé quelque chose. Miku ne le montre pas, mais je sais que ça lui fait mal. Comme à Teruki. Mais ça ne peut pas être pire que moi.
___Je pose mon bol dans l'évier, et remonte dans ma chambre.
___Quelqu'un frappe alors que je suis sur mon lit, à moitié nu, jouant de la basse. D'habitude Miku et Teruki rentrent sans frapper.
- Oui ?
___Bou entre et referme derrière lui. Il a pleuré. Ça me brise le c½ur de le voir comme ça. Je pose mon instrument et vais le prendre dans mes bras.
- Tu comptes m'ignorer et ne plus me parler ? me dit-il en pleurant contre mon cou, sans me regarder.
- Bou... Je...
- Kanon, j'ai besoin de toi, plus que jamais ! Me lâche pas s'il te plaît, pas toi !
___Il a dit les mots dont j'avais besoin. Je le serre encore plus fort, veillant à ne pas faire de mal à ce petit corps si fragile et murmure tout doucement :
- Je ne te lâcherais jamais Bou... Jamais.
___C'est là que j'ai compris que mon amour pour lui est plus fort que tout.
___Ça y est, le grand jour est arrivé.
___J'agis de manière mécanique et vois le temps passer à une allure folle. Ce temps qui me rapproche inexorablement vers le moment que je redoute.
___Je me lève, mange, me prépare. Teruki doit presque me tirer jusqu'au taxi et je suis incapable de suivre leur conversation durant le trajet.
___Je m'engouffre par la porte de ma loge en sortant de la voiture, sans même leur adresser un mot, et me laisse glisser le long, après l'avoir violemment claquée. Les larmes ne cessent de couler, mais je n'ai même pas la force de les essuyer. Ce soir, on va jouer pour la dernière fois. Après, An Cafe ne sera plus An Cafe. Sans Bou... Non, on ne pourra pas continuer. Pas moi du moins.
___Je ramène mes jambes contre mon torse et les encercle de mes bras. Ma tête se pose sur mes genoux, et pleure pendant un long moment. Mes pensées sont toutes mélangées, et je n'arrive plus à réfléchir.
___Quelqu'un frappe à la porte. Je me lève rapidement et vais m'observer dans le miroir.
- Une minute, j'arrive.
___Je passe une main dans mes cheveux et essuie prestement mes joues. Je rigole en me voyant. N'importe qui verrait que mes yeux sont rouges. Je baisse un peu la lumière, respire un coup et vais ouvrir.
___Bou entre et me dévisage.
- Sois tu as fumé, sois tu as pleuré, me dit-il doucement. Dans les deux cas, il va falloir que tu m'expliques.
___Je referme la porte.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je te fais chier ?
___Je soupire.
- Tu sais bien que non. Dis pas de conneries.
___Il me fait un beau sourire. Je dis ça mais, tous ses sourires sont beaux.
- Bon alors, tu m'expliques ou je dois deviner ?
- Baka...
___Je vais m'assoir sur le canapé au fond de la pièce et Bou s'assoit à côté de moi. Génial. Comme si cette proximité allait m'aider à déballer ma vie. J'hésite à parler. Je dois tout lui dire. Avant de le perdre.
___Il me regarde avec insistance, attendant que je commence.
- J'ai pas fumé, murmurai-je.
- Pourquoi tu as pleuré alors ? A cause de moi ?
___Je lève les yeux vers lui.
- Oui, à cause de toi. Parce que ce soir, c'est la dernière fois que tes accords de guitare seront calés sur ceux de ma basse... Et parce que ce soir, c'est la dernière fois que je vais voir ce sourire si parfait sur tes lèvres. Celui que tu as lorsque tu es sur scène...
___Il ouvre la bouche pour parler, mais je l'interromps avant même qu'il ait commencé.
- Laisses-moi finir s'il te plaît... Sinon je n'aurais pas le courage d'aller jusqu'au bout. Tu es mon meilleur ami et ce que je vais dire risque de briser la complicité qui nous lie mais il faut que ça sorte. Tu vois là, j'ai le c½ur qui se broie de plus en plus, à mesure que ce putain de concert approche ! Je sais que tu veux pas parler des raisons de ton départ, et j'ai suffisamment confiance en toi pour ne pas te poser de questions, mais j'ai peur de te perdre !
___Les larmes menacent encore une fois de couler sur mes joues, mais je continue quand même, quitte à passer pour un con.
- Je t'aime Bou. Pas comme un meilleur ami, c'est tellement plus fort que ça. Je sais même pas comment décrire mes sentiments pour toi. C'est pire que tout, j'ai jamais ressenti un truc pareil. Tu es la personne auquel je tiens le plus au monde. Et la seule chose dont je suis conscient là, tout de suite, c'est que je t'aime à en crever.
___Ce n'était pas voulu, mais je me suis levé en parlant. Je plante mes yeux dans les sien, le défiant du regard. Je sais qu'il va se foutre de moi. Il attend quoi bordel ? Il me regarde, et plusieurs émotions filtrent à travers ses prunelles. Surprise, incompréhension, et je ne sais pas quoi encore. Quelque chose que je ne parviens pas à déterminer. Il prend ma main et me force à m'assoir. Sans me lâcher du regard, il pose sa main sur ma joue.
___Mon c½ur bat vite. Trop vite. Je le regarde, le questionne du regard. Et attends qu'il parle.
- Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt... ? Ça aurait évité tellement de choses.
___Je baisse la tête, déçu. Je m'attendais à quoi ? Une déclaration ? Je suis pathétique.
- Ce que tu m'as dit était... magnifique Kanon. Je ne m'y attendais vraiment pas...
___Sa main caresse doucement ma joue et sans prévenir, ses lèvres se posent sur les miennes. Je ne réagis pas, surpris. Je ne sais pas quoi faire.
___Bou pose sa deuxième main sur mon autre joue, et ses lèvres se pressent davantage contre ma bouche. Mes mains vont trouver leur place sur ses hanches, automatiquement, et je le porte lentement pour l'assoir sur mes genoux. Sa langue passe sur mes lèvres qui s'entrouvrent à peine.
___Je ne sais pas quoi penser. L'homme que j'aime plus que tout au monde m'embrasse avec toute la passion dont il est capable. Je n'ai pas envie de réfléchir. Autant profiter. Je ne suis qu'un homme après tout. Je ne veux pas penser aux conséquences de ce baiser.
___Bou descend ses lèvres dans mon cou et ses mains passent sous mon haut. J'incline légèrement la tête en arrière, offrant la courbe de ma mâchoire à ses baisers.
___Rapidement, il fait passer mon haut par-dessus ma tête et je l'entends tomber dans un bruit effacé. Ses mains se posent sur mes épaules et il m'allonge, pour mieux caresser mon torse. Je reprends mes esprits et fais en sorte d'être à califourchon sur lui.
___J'enlève son haut, et viens mordiller ses tétons, ce qui lui arrache un léger soupire de plaisir. Je m'attarde à peine sur son pantalon, que je détache avant de faire glisser, effleurant ses cuisses du bout des doigts. Je remonte sur son torse, reviens embrasser son ventre, son cou, sa gorge qui me sont offerts.
___Je plonge mes yeux dans les siens. Je veux son accord pour continuer. Il me dévisage l'espace d'une seconde et, d'un baiser, me permet de continuer l'exploration sensuelle de son corps dénudé.
___Embrassant le haut de son corps, je frotte lascivement mon bassin au sien, sans pour autant le toucher avec précision. Je veux qu'il prenne du plaisir. Je sens une bosse se former sur son entrejambe, et entreprends de la caresser à travers le fin tissu du dernier vêtement qu'il lui reste. Sa réaction ne se fait plus attendre. Il ferme les yeux, soupirant, et j'embrasse ses paupières. Je n'ai jamais touché un homme. Alors j'essaie de faire ce que j'aimerais que l'on me fasse.
___Je l'embrasse langoureusement et ma langue quitte sa bouche pour aller tracer une ligne imaginaire de son menton jusqu'à son nombril.
___Sa cage thoracique se soulève au rythme de sa respiration qui s'accélère, je souris et enlève son sous-vêtement. Timidement d'abord, j'effleure à peine sa virilité, mais son gémissement de frustration me pousse à y aller plus franchement. Je prends sa virilité en main, et commence un doux va-et-vient. Mes mouvements se font plus osés et doucement, je viens donner un coup de langue sur son gland. Il se cambre légèrement, ce qui m'arrache un sourire. Je continue, donnant de légers coups de langue le long de sa virilité. Il me donne un bref coup de bassin et je prends son sexe en bouche. Je fais de tendres mouvements de va-et-vient, jouant de ma langue sur sa virilité, m'attardant soit sur le bout, soit ailleurs, arrachant de sa bouches des gémissements qui sont beaux à entendre, et qui me demandent d'accélérer. Ce que je fais, m'aidant d'une de mes mains, tandis que l'autre caresse l'intérieur de ses cuisses, son bas ventre, son torse.
___Je le sens se cambrer à chacun de mes mouvements. Ses gémissements se font de plus en plus saccadés, ses mains s'accrochent à mes cheveux. Il murmure mon prénom et me dit quelque chose que je ne comprends pas. Ou si je comprends. Mais je continue, allant jusqu'au bout.
___Dans un cri de plaisir, il se libère dans ma bouche. Je le regarde en avalant lentement, donnant de nouveaux coups de langues sur sa virilité, avant de remonter à hauteur de son visage. Il a les joues rougies par le plaisir, c'est beau.
___Ses yeux me fixent avec un sourire et je me perds dans son regard. Il caresse mon torse en me murmurant un « arigatô », avant de m'embrasser passionnément. Il me pousse sur le côté, se lève et me fait signe d'approcher. Je me lève, me collant à lui et sens ses doigts détacher ma braguette et mon pantalon se retrouve vite sur mes chevilles. Je m'en débarrasse, embrassant ses lèvres. Il pose ses mains sur mes fesses pour me serrer contre lui, embrassant mon cou, laissant une légère marque violacée. Mon boxer ne tarde pas à rejoindre le sol de la pièce.
___Bou caresse mon corps de ses doigts froids et me plaque doucement contre le mur. Il embrasse mes lèvres avant de me retourner, face contre la surface glacée. Un frisson parcourt mon échine, sans que je sache si c'est dû au fait du mur ou du corps nu de Bou contre le mien.
___Je sens sa virilité dans le bas de mon dos alors qu'il embrasse l'os prononcé de mes omoplates. Il embrasse ma nuque, souffle sur ma clavicule, prenant ma virilité entre ses doigts. Bou mord légèrement le lobe de mon oreille, posant sa tête dans mon cou, y laissant de nombreux baisers mouillés. L'autre main descend le long de ma colonne vertébrale, me volant un gémissement et un frisson de plaisir, caressant ensuite la chute de mon dos et mes courbes.
___Je me redresse perceptiblement en sentant ses doigts effleurer mon intimité, caressant la peau nue, appuyant à l'endroit sensible. Ses doigts appuient plus fort, et je pousse une plainte à mi-chemin entre gémissement et soupir. Je suis incapable de résister à ses gestes.
- Tu veux continuer ? me murmure-t-il au creux de l'oreille.
- Si tu me chauffes pour me laisser en plan, on va pas être d'accord, dis-je dans un souffle, embrassant tendrement sa joue.
___Les mains de Bou quittent mon corps pour s'emparer de mes poignets, qu'il pose contre le mur de chaque côté de mon visage. Il continue ses baisers le long de mon cou, puis dans une douceur incroyable, rentre en moi. Un gémissement sort de ma bouche, mélange de douleur et d'appréhension, alors qu'une larme roule sur ma joue.
- Gomen... me dit-il d'une voix douce à peine plus forte qu'un murmure. Détends-toi.
___Il repose ses mains sur mes hanches, sa tête dans mon cou. Une de mes mains va se perdre dans ses cheveux alors qu'il entame de doux va-et-vient pour ne pas me blesser davantage. J'essaye de respirer de manière tranquille et la douleur s'estompe, laissant place à une nouvelle sensation. Je ferme les yeux et mes gémissements l'incitent à aller un peu plus vite.
___Je le sens aller et venir en moi, avec une infinie douceur. Il gémit légèrement, se laissant aller en moi avec plus de ferveur. Mon corps bouge au rythme de ses mouvements, ma respiration se fait plus hachée. Des cris s'échappent de mes lèvres entr'ouvertes, parmi lesquels figure le nom de l'homme que j'aime et qui me fait l'amour.
___Bou reprend ses caresses sur ma virilité, sans ralentir la cadence de ses coups de bassin. Il s'enfonce de plus en plus en moi, venant toucher ce point si sensible de mon anatomie. C'est la plus belle des sensations qu'il m'ait été donné de ressentir. Je ne retiens plus mes cris, hurlant presque son prénom, serrant les poings si fort que les jointures de mes phalanges blanchissent. Les gémissements qui sortent de sa bouche m'excitent plus que je ne saurais le décrire. Il aime ce qu'il me fait, un sourire se dessine sur mes lèvres.
___Je le sens ralentir un moment, avant de reprendre avec plus d'ardeur. Dans un ultime mouvement de bassin, il me serre contre lui, et se vide en moi dans un cri rauque. Il reste quelques instants sans bouger, enlaçant ma taille de ses bras fins, posant sa joue contre mon dos, respirant fortement, au même rythme que moi. Embrassant ma nuque et mon épaule, il se détache de moi, me retourne et me donne le plus tendre des baisers.
___Mes bras s'enroulent autour de sa taille et se posent dans le bas de son dos, et je n'arrive pas à me détacher de ses lèvres. Elles sont si douces. Lorsque ses lèvres s'éloignent, Bou me regarde dans les yeux.
- Ça va ?
- Merci.
___Je lui fais un chaste baiser et vais m'assoir sur le canapé.
- Pourquoi tu as fait ça Bou... ?
___Je le regarde, une lueur d'appréhension dans les yeux. Il s'agenouille devant moi, pose ses mains sur mes cuisses.
- Kanon... Je t'aime... Je n'ai jamais voulu me l'avouer, parce que je refusais de gâcher quoique ce soit de notre amitié. Et puis, peut-être parce que j'avais honte de tout ce que j'éprouvais pour toi.
___Ses doigts viennent caresser mon cou et il reprend d'une voix douce.
- Malgré ce que tu as pu me dire, je ne peux pas faire marche arrière... J'ai fait mon temps dans ce groupe et je ne peux plus continuer. J'aurais voulu te rendre heureux, mais je ne vais pas pouvoir.
___Il se retient de pleurer. Les larmes envahissent ses beaux yeux. Je ne comprends pas ce qu'il me dit.
- Ce soir on va jouer ensemble. Une dernière fois. Je resterais peut-être quelques jours encore, histoire de tout régler. Puis, tu ne me reverras plus. Je suis désolé de faire ça... Mais quelque chose m'y oblige. Je ne peux pas te dire quoi, ce serait trop dur Kanon. Je préfère partir maintenant, parce que je veux que tu gardes une belle image de moi, tu comprends ?
___Je n'arrive pas à détourner mon regard. Pourtant, je ne veux pas qu'il me voit pleurer.
- Kanon ce soir, je vais jouer pour toi. Parce que je t'aime...
___Il se penche vers moi, pose sa main sur ma nuque pour m'attirer contre lui, et pose une nouvelle fois ses lèvres sur les miennes.
___Le temps semble s'être arrêté depuis que Bou est entré dans cette pièce.
___Le guitariste m'allonge sur le canapé, et s'allonge à mes côtés, me prenant dans ses bras. On reste là un bon moment, sans parler, avant de réaliser qu'on doit se préparer pour le concert. Se laver, s'habiller, se maquiller, se coiffer. Sortir l'autre de ses pensées. Ou essayer.
___Bou se lève, se rhabille sous mon regard, m'embrasse une dernière fois en me murmurant un « je t'aime » puis sort de la loge.
___Le concert se passe aussi bien que possible. Je vois les fans pleurer. Tout le monde a peur que les dernières notes retentissent. J'ai préparé ce que je vais dire à tout le monde. Chacun a choisi les mots qu'on va dire pour Bou. Pour nos fans. Je suis attentif à chacune de ses notes parce que je sais qu'elles me sont adressées. Il joue à s'en faire mal aux doigts, pour moi. Alors je lui rends la pareille. J'essaye de jouer du mieux que je peux. Rien que pour lui.
___Quand vient mon tour de parler, je pleure sans même chercher à arrêter. Les mots se coincent dans ma gorge. J'ai du mal à parler. Je sais que Bou m'entend dans les coulisses et qu'il comprend à quel point je souffre. Lorsque je lâche le micro pour aller en coulisse, je sens mes jambes trembler. Je le serre contre moi.
- Notre dernier concert est presque fini, me murmure-t-il à l'oreille en me serrant contre lui. Ce que tu m'as dit était magnifique Kanon. Je t'aimerais toujours. Ne l'oublie pas.